L'Hellébore fétide: Jadis la plante contre la folie

Sa rencontre en hiver vous surprendra et ne  vous laissera pas indifférent : c'est l'une des seules plantes fleuries en cette fin de  saison. Vous la rencontrerez  sur sols rocailleux, secs souvent calcaires avec une orientation plein soleil et préférentiellement dans un environnement de chênes. Avec sa tige herbacée de 30 à 50 cm, son feuillage est persistant et malodorant quand il est froissé, d'où son nom de fétide. En montagne, à la faveur des endroits bien protégés et ensoleillés,  vous la croiserez parfois jusqu'à des altitudes improbables de 1800 mètres.  C'est une plante de la famille des Renonculacées et les herboristes vous  mettront toujours en garde sur les  spécificités de cette famille. Contemplez les et gardez vous bien d'en faire un usage autre. Elle contient de redoutables composés chimiques . Ses fleurs en clochette penchées vous avertiront par la marque rouge qu'elles portent sur leurs bords, du danger dont elles sont porteuses.

 

Dans les temps anciens, l'hellébore  trouvait un emploi dans le traitement des affections mentales , et surtout celui de la Folie. On l'employait couramment  comme purgatif.

Pour mieux comprendre son usage,  il s'agit d'abord de déconstruire le cadre de santé qui est le nôtre aujourd'hui et redessiner celui des temps médiévaux voire antiques.

 

Jadis, la purgation ( comprenez la recherche d'éliminer de son corps quelque chose de nocif, de libérer du corps des éléments considérés comme impurs) fait partie des méthodes thérapeutiques dites évacuantes. La purgation  était si fréquente qu'elle disputait  à la saignée , autre méthode évacuante, le statut de panacée. 

 

Il nous faut remonter à la médecine antique où les traditions purgatives  puissent  leurs racines:

Dans la médecine antique dite hippocratique ( IV-Ve siècle avant J.C), la maladie résulte d'un excès ou d'une insuffisance d'une humeur en un lieu donné.

Rappelons synthétiquement que pour les anciens, les humeurs sont au nombre de quatre:

- Le sang produit par le foie et reçu par le coeur ( caractère sanguin: jovial et chaleureux)

- La pituite ou phlegme rattachée au cerveau ( caractère lymphatique: calme et imperturbable)

- La bile jaune rattachée au foie ( caractère bilieux: enclin à la colère)

- L'atrabiliaire rattachée à la rate ( caractère de bile noire: mélancolique et triste)

 

L'action thérapeutique consiste à diriger le flux de cette humeur vers l'extérieur. La pharmacopée hippocratique est en conséquence, très riches en remèdes purgatifs, diurétiques, vomitifs, expectorants, sternutatoires, sudorifiques, emménagogues pour évacuer les humeurs novices par les selles, l'urine, la bouche, le nez, les pores de la peau, l'utérus etc.

Dans la théorie des humeurs , de nombreuses pathologies s'expliquaient par des dépôts de pituite ( liquide glaireux produit par le cerveau ) et diffusant  en différents endroits du corps , en particulier  les articulations , d'où le terme de rhumatismes, de rhume de hanche ,de goutte.... Les troubles d'écoulement pouvaient également expliquer des maladies comme la migraine, l'épilepsie, les hémorroïdes....

 

On appelait tempérament pituiteux, le tempérament des personnes froides et tranquilles qui dominent leurs émotions.

 

Revenons à notre Héllébore:

Hippocrate l'utilisait contre "la bile noire" , source de diverses maladies dont la mélancolie et la folie furieuse. L'héllébore, purgatif extrêmement violent est alors indiqué pour débarrasser l'organisme de cette fameuse bile noire.

Au moyen âge, l'hellébore est utilisé comme remède principal de la folie.

Plus tard, Hildegarde l'utilise pour évacuer les humeurs mauvaises, pour lutter contre les fièvres, la goutte, les brûlures d'estomac ou la jaunisse.