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L'existence en mal de vivre

Pour sauver des vies, l'Etat impose à tous l'aliénation de son existence. Le mal-être ressenti est en passe de provoquer l'inverse de ce que l'état voulait: Suicides, conflit entre générations, psychopathologies, délabrement social, crise économique, recul des naissances et des mariages.

Tout cela scie la branche sur laquelle la vie repose, au nom de la vie. Peut-on vivre sans exister? Est-ce souhaitable? La fin de la "bamboche" et des spectacles que les médecins urgentistes réclament est-elle humainement acceptable? Jusqu'où est-on prêt à rabaisser l'existence pour rester en vie? Qui doit en décider?

 

"Sans la musique, la vie serait une erreur" NIETZCHE

 

 

La vie n'a de valeur que si on la lui donne, que quand elle en  reçoit. Seul un être libre qui fait plus que vivre peut donner à sa vie, quelque chose qu'elle est incapable de fournir par elle-même : DU SENS!

Il faut par définition être au -dessus , en dehors , au delà ( comment le dire? où est ce lieu de la liberté , de la spiritualité, de l'humanité?) dans une certaine " transcendance" par rapport à la bio-géo-chimie, pour pouvoir se demander ce qui vaut d'être vécu. On appelle cela exister.

 

 

Ex-istence : être en dehors de, sortir de son instance gastrique pour apparaître en pleine lumière du sens, avec et pour les autres, nos pairs et nos pères (et mères), donner du sens à sa vie, vivre une existence qui vaille (justement !) la peine d’être vécue, inventer de la valeur, de l’universel, de la communicabilité et du consensus, pour devenir ces êtres qui atteignent la seule immortalité possible pour des vivants : devenir inoubliables, faire des choses inoubliables, des choses bonnes, belles et vraies, qui justifient d’un coup de transcendance la création tout entière de cette immanence.

Le rapport entre la vie et l'existence , n'est pas si évident qu'on pourrait le penser: En général, bien sûr, il faut bien vivre pour pouvoir exister. mais il ya des exceptions notables:  premièrement, les dieux et les morts existent sans vivre, dans les cultes et les mémoires. Bien qu'ils soient morts, Bach, Gandhi existent aujourd'hui et produisent sans cesse du sens transcendant à leur vie: leurs oeuvres sont inoubliables. Personne ne sait où est enterré le corps de Mozart, personne n'oubliera sa musique, tant qu'il y aura des existants, tant qu'il y aura un monde humain.

 

La vie prise socialement comme valeur suprême met toujours en danger la liberté, stimule l'autoritarisme sécuritaire, handicape la démocratie, stresse la convivialité et prône une culture du déni et de l'hypocrisie. En bref, la vie qui prime sur l'existence met à mal la possibilité d'exister et remplace la devise de la République par " Sécurité, Efficacité, Prédictabilité" ( Mireille Delmas-Marty)

Pourra-t-on redonner à l'existence sa primauté sur la vie? à la liberté sa primauté sur la sécurité? On a tous bien compris que cette pandémie allait durer, et que le régime autoritaire sanitaire qu'elle assoit allait lui perdurer, anticipant le prochain fléau. L'existence doit donc maintenantes battre contre la vie, c'est ridicule, elles devraient être amies. Dans l'agenda philosophique immédiat , il faudra avant tout ne pas se laisser confisquer la définition de la vie par l'autorité, réintroduire des perspectives plurielles contre cette conception réductionniste de médecin urgentiste, pour pour pouvoir retisser un monde habitable à plusieurs.

 

"Le monde ne surgit que parce qu'il y a des perspectives"- ARENDT

 

François Vallaeys, Philosophe, chroniqueur invité de UP’ Magazine – Professeur universitaire fondateur et directeur de l’Union de Responsabilité Sociale Universitaire Latino-américaine (URSULA) au Pérou / qui promeut une éducation supérieure responsable. Auteur « Pour une vraie responsabilité sociale. Clarifications, propositions » PUF, 2013